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domenica 19 luglio 2009

I libri nel cinema: Une partie de campagne (2)

Une partie de campagne, film di Jean Renoir (1936) Dalla novella di Guy de Maupassant Con Sylvia Bataille (Henriette), Georges D'Arnoux (Henri), Jeanne Marken ( Madame Dufour), André Gabriello (Monsieur Dufour) Jacques B. Brunius (Rodolphe), Paul Temps (Anatole), Gabrielle Fontan (La grand' mère), Jean Renoir (Père Poulain), Marguerite Renoir (La servante), Pierre Lestringuez (Un vieux curé), Georges Bataille, Jacques Becker, Henri Cartier-Bresson (tre seminaristi), Alain Renoir (un pescatore) Musica: Joseph Kosma Fotografia: Claude Renoir) Assistenti alla regia: Jacques Becker, Henri Cartier-Bresson, Yves Allégret, Claude Heymann, Luchino Visconti Luoghi: Bords du Loing, Montigny-sur-Loing, Marlotte (Seine-et-Marne, France) (40 minuti) Rating IMDb: 8.2

Solimano

Questo post è già stato pubblicato sul Nonblog di Habanera col titolo Guy de Maupassant et Jean Renoir (2).


Une partie de campagne
di Guy de Maupassant
La Vie moderne, 2 et 9 avril 1881

Cependant les canotiers avaient mis leurs yoles à l'eau, et ils revenaient avec politesse proposer aux dames une promenade sur la rivière.
" Monsieur Dufour, veux-tu ? je t'en prie ! " cria sa femme. Il la regarda d'un air d'ivrogne, sans comprendre. Alors un canotier s'approcha, deux lignes de pêcheur à la main. L'espérance de prendre du goujon, cet idéal des boutiquiers, alluma les yeux mornes du bonhomme, qui permit tout ce qu'on voulut, et s'installa à l'ombre, sous le pont, les pieds ballants au-dessus du fleuve, à côté du jeune homme aux cheveux jaunes qui s'endormit auprès de lui.




Un des canotiers se dévoua : il prit la mère. " Au petit bois de l'île aux Anglais ! " cria-t- il en s'éloignant.
L'autre yole s'en alla plus doucement. Le rameur regardait tellement sa compagne qu'il ne pensait plus à autre chose, et une émotion l'avait saisi qui paralysait sa vigueur.
La jeune fille, assise dans le fauteuil du barreur, se laissait aller à la douceur d'être sur l'eau. Elle se sentait prise d'un renoncement de pensées, d'une quiétude de ses membres, d'un abandonnement d'elle-même, comme envahie par une ivresse multiple. Elle était devenue fort rouge avec une respiration courte. Les étourdissements du vin, développés par la chaleur torrentielle qui ruisselait autour d'elle, faisaient saluer sur son passage tous les arbres de la berge. Un besoin vague de jouissance, une fermentation du sang parcouraient sa chair excitée par les ardeurs de ce jour ; et elle était aussi troublée dans ce tête-à-tête sur l'eau, au milieu de ce pays dépeuplé par l'incendie du ciel, avec ce jeune homme qui la trouvait belle, dont l'oeil lui baisait la peau, et dont le désir était pénétrant comme le soleil.
Leur impuissance à parler augmentait leur émotion, et ils regardaient les environs. Alors, faisant un effort, il lui demanda son nom. " Henriette, dit-elle. -- Tiens ! moi je m'appelle Henri ", reprit-il.



Le son de leur voix les avait calmés ; ils s'intéressèrent à la rive. L'autre yole s'était arrêtée et paraissait les attendre. Celui qui la montait cria : " Nous vous rejoindrons dans le bois ; nous allons jusqu'à Robinson, parce que Madame a soif. " Puis il se coucha sur les avirons et s'éloigna si rapidement qu'on cessa bientôt de le voir.
Cependant un grondement continu qu'on distinguait vaguement depuis quelque temps s'approchait très vite. La rivière elle-même semblait frémir comme si le bruit sourd montait de ses profondeurs.
" Qu'est-ce qu'on entend ? " demanda-t-elle.
C'était la chute du barrage qui coupait le fleuve en deux à la pointe de l'île. Lui se perdait dans une explication, lorsque, à travers le fracas de la cascade, un chant d'oiseau qui semblait très lointain les frappa. " Tiens, dit-il, les rossignols chantent dans le jour : c'est donc que les femelles couvent. "
Un rossignol ! Elle n'en avait jamais entendu, et l'idée d'en écouter un fit se lever dans son cœur la vision des poétiques tendresses. Un rossignol ! c'est-à-dire l'invisible témoin des rendez-vous d'amour qu'invoquait Juliette sur son balcon : cette musique du ciel accordée aux baisers des hommes ; cet éternel inspirateur de toutes les romances langoureuses qui ouvrent un idéal bleu aux pauvres petits cœurs des fillettes attendries !
Elle allait donc entendre un rossignol.
" Ne faisons pas de bruit, dit son compagnon, nous pourrons descendre dans le bois et nous asseoir tout près de lui. "
La yole semblait glisser. Des arbres se montrèrent sur l'île, dont la berge était si basse que les yeux plongeaient dans l'épaisseur des fourrés. On s'arrêta ; le bateau fut attaché ; et, Henriette s'appuyant sur le bras de Henri, ils s'avancèrent entre les branches. " Courbez-vous ", dit-il. Elle se courba, et ils pénétrèrent dans un inextricable fouillis de lianes, de feuilles et de roseaux, dans un asile introuvable qu'il fallait connaître et que le jeune homme appelait en riant " son cabinet particulier ".
Juste au-dessus de leur tête, perché dans un des arbres qui les abritaient, l'oiseau s'égosillait toujours. Il lançait des trilles et des roulades, puis filait de grands sons vibrants qui emplissaient l'air et semblaient se perdre à l'horizon, se déroulant le long du fleuve et s'envolant au-dessus des plaines, à travers le silence de feu qui appesantissait la campagne.
Ils ne parlaient pas de peur de le faire fuir. Ils étaient assis l'un près de l'autre, et, lentement, le bras de Henri fit le tour de la taille de Henriette et l'enserra d'une pression douce. Elle prit, sans colère, cette main audacieuse, et elle l'éloignait sans cesse à mesure qu'il la rapprochait n'éprouvant du reste aucun embarras de cette caresse, comme si c'eût été une chose toute naturelle qu'elle repoussait aussi naturellement.
Elle écoutait l'oiseau, perdue dans une extase. Elle avait des désirs infinis de bonheur, des tendresses brusques qui la traversaient, des révélations de poésies surhumaines, et un tel amollissement des nerfs et du cœur, qu'elle pleurait sans savoir pourquoi. Le jeune homme la serrait contre lui maintenant ; elle ne le repoussait plus, n'y pensant plus.
Le rossignol se tut soudain. Une voix éloignée cria : " Henriette !
-- Ne répondez point, dit-il tout bas, vous feriez envoler l'oiseau. "
Elle ne songeait guère non plus à répondre.


Ils restèrent quelque temps ainsi. Mme Dufour était assise quelque part, car on entendait vaguement, de temps en temps, les petits cris de la grosse dame que lutinait sans doute l'autre canotier.
La jeune fille pleurait toujours, pénétrée de sensations très douces, la peau chaude et piquée partout de chatouillements inconnus. La tête de Henri était sur son épaule ; et, brusquement, il la baisa sur les lèvres. Elle eut une révolte furieuse et, pour l'éviter, se rejeta sur le dos. Mais il s'abattit sur elle, la couvrant de tout son corps. Il poursuivit longtemps cette bouche qui le fuyait, puis, la joignant, y attacha la sienne. Alors, affolée par un désir formidable, elle lui rendit son baiser en l'étreignant sur sa poitrine, et toute sa résistance tomba comme écrasée par un poids trop lourd.
Tout était calme aux environs. L'oiseau se mit à chanter. Il jeta d'abord trois notes pénétrantes qui semblaient un appel d'amour, puis, après un silence d'un moment, il commença d'une voix affaiblie des modulations très lentes.
Une brise molle glissa, soulevant un murmure de feuilles, et dans la profondeur des branches passaient deux soupirs ardents qui se mêlaient au chant du rossignol et au souffle léger du bois.


Une ivresse envahissait l'oiseau, et sa voix s'accélérant peu à peu comme un incendie qui s'allume ou une passion qui grandit, semblait accompagner sous l'arbre un crépitement de baisers. Puis le délire de son gosier se déchaînait éperdument. Il avait des pâmoisons prolongées sur un trait, de grands spasmes mélodieux.
Quelquefois il se reposait un peu, filant seulement deux ou trois sons légers qu'il terminait soudain par une note suraiguë. Ou bien il partait d'une course affolée, avec des jaillissements de gammes, des frémissements, des saccades, comme un chant d'amour furieux, suivi par des cris de triomphe.
Mais il se tut, écoutant sous lui un gémissement tellement profond qu'on l'eût pris pour l'adieu d'une âme. Le bruit s'en prolongea quelque temps et s'acheva dans un sanglot.
Ils étaient bien pâles, tous les deux, en quittant leur lit de verdure. Le ciel bleu leur paraissait obscurci ; l'ardent soleil était éteint pour leurs yeux ; ils s'apercevaient de la solitude et du silence. Ils marchaient rapidement l'un près de l'autre, sans se parler, sans se toucher, car ils semblaient devenus ennemis irréconciliables, comme si un dégoût se fût élevé entre leurs corps, une haine entre leurs esprits.



De temps à autre, Henriette criait : " Maman ! "
Un tumulte se fit sous un buisson. Henri crut voir une jupe blanche qu'on rabattait vite sur un gros mollet ; et l'énorme dame apparut, un peu confuse et plus rouge encore, l'oeil très brillant et la poitrine orageuse, trop près peut-être de son voisin. Celui-ci devait avoir vu des choses bien drôles, car sa figure était sillonnée de rires subits qui la traversaient malgré lui.
Mme Dufour prit son bras d'un air tendre, et l'on regagna les bateaux. Henri, qui marchait devant, toujours muet à côté de la jeune fille, crut distinguer tout à coup comme un gros baiser qu'on étouffait.
Enfin on revint à Bezons.
M. Dufour, dégrisé, s'impatientait. Le jeune homme aux cheveux jaunes mangeait un morceau avant de quitter l'auberge. La voiture était attelée dans la cour, et la grand- mère, déjà montée, se désolait parce qu'elle avait peur d'être prise par la nuit dans la plaine, les environs de Paris n'étant pas sûrs.
On se donna des poignées de main, et la famille Dufour s'en alla. " Au revoir ! " criaient les canotiers. Un soupir et une larme leur répondirent.
Deux mois après, comme il passait rue des Martyrs, Henri lut sur une porte : Dufour, quincaillier. Il entra.
La grosse dame s'arrondissait au comptoir. On se reconnut aussitôt, et, après mille politesses, il demanda des nouvelles. " Et Mlle Henriette, comment va-t-elle ?
-- Très bien, merci, elle est mariée.
-- Ah !... "
Une émotion l'étreignit ; il ajouta :
" Et. .. avec qui ?
-- Mais avec le jeune homme qui nous accompagnait, vous savez bien ; c'est lui qui prend la suite.
-- Oh ! parfaitement. "
Il s'en allait fort triste, sans trop savoir pourquoi, Mme Dufour le rappela.
" Et votre ami ? dit-elle timidement.
-- Mais il va bien.
-- Faites-lui nos compliments, n'est-ce pas ; et quand il passera, dites-lui donc de venir nous voir... "
Elle rougit fort, puis ajouta : " Ça me fera bien plaisir ; dites-lui.
-- Je n'y manquerai pas. Adieu !
-- Non... à bientôt ! "


L'année suivante, un dimanche qu'il faisait très chaud, tous les détails de cette aventure, que Henri n'avait jamais oubliée, lui revinrent subitement, si nets et si désirables, qu'il retourna tout seul à leur chambre dans le bois.
Il fut stupéfait en entrant. Elle était là, assise sur l'herbe, l'air triste, tandis qu'à son côté, toujours en manches de chemise, son mari, le jeune homme aux cheveux jaunes, dormait consciencieusement comme une brute.
Elle devint si pâle en voyant Henri qu'il crut qu'elle allait défaillir. Puis ils se mirent à causer naturellement, de même que si rien ne se fût passé entre eux.
Mais comme il lui racontait qu'il aimait beaucoup cet endroit et qu'il y venait souvent se reposer, le dimanche, en songeant à bien des souvenirs, elle le regarda longuement dans les yeux.
" Moi, j'y pense tous les soirs, dit-elle.
-- Allons, ma bonne, reprit en bâillant son mari, je crois qu'il est temps de nous en aller. "
(1881)



venerdì 17 luglio 2009

I libri nel cinema: Une partie de campagne (1)

Une partie de campagne, film di Jean Renoir (1936) Dalla novella di Guy de Maupassant Con Sylvia Bataille (Henriette), Georges D'Arnoux (Henri), Jeanne Marken ( Madame Dufour), André Gabriello (Monsieur Dufour) Jacques B. Brunius (Rodolphe), Paul Temps (Anatole), Gabrielle Fontan (La grand' mère), Jean Renoir (Père Poulain), Marguerite Renoir (La servante), Pierre Lestringuez (Un vieux curé), Georges Bataille, Jacques Becker, Henri Cartier-Bresson (tre seminaristi), Alain Renoir (un pescatore) Musica: Joseph Kosma Fotografia: Claude Renoir) Assistenti alla regia: Jacques Becker, Henri Cartier-Bresson, Yves Allégret, Claude Heymann, Luchino Visconti Luoghi: Bords du Loing, Montigny-sur-Loing, Marlotte (Seine-et-Marne, France) (40 minuti) Rating IMDb: 8.2

Solimano

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Une partie de campagne
di Guy de Maupassant
La Vie moderne, 2 et 9 avril 1881

On avait projeté depuis cinq mois d'aller déjeuner aux environs de Paris, le jour de la fête de Mme Dufour, qui s'appelait Pétronille. Aussi, comme on avait attendu cette partie impatiemment, s'était-on levé de fort bonne heure ce matin-là.
M. Dufour, ayant emprunté la voiture du laitier, conduisait lui-même. La carriole, à deux roues, était fort propre ; elle avait un toit supporté par quatre montants de fer où s'attachaient des rideaux qu'on avait relevés pour voir le paysage. Celui de derrière, seul, flottait au vent, comme un drapeau. La femme, à côté de son époux, s'épanouissait dans une robe de soie cerise extraordinaire. Ensuite, sur deux chaises, se tenaient une vieille grand-mère et une jeune fille. On apercevait encore la chevelure jaune d'un garçon qui, faute de siège, s'était étendu tout au fond, et dont la tête seule apparaissait.

Après avoir suivi l'avenue des Champs-Élysées et franchi les fortifications à la porte Maillot, on s'était mis à regarder la contrée.
En arrivant au pont de Neuilly, M. Dufour avait dit : " Voici la campagne enfin ! " et sa femme, à ce signal, s'était attendrie sur la nature.
Au rond-point de Courbevoie, une admiration les avait saisis devant l'éloignement des horizons. A droite, là-bas, c'était Argenteuil, dont le clocher se dressait ; au-dessus apparaissaient les buttes de Sannois et le Moulin d'Orgemont. A gauche, l'aqueduc de Marly se dessinait sur le ciel clair du matin, et l'on apercevait aussi, de loin, la terrasse de Saint-Germain ; tandis qu'en face, au bout d'une chaîne de collines, des terres remuées indiquaient le nouveau fort de Cormeilles. Tout au fond, dans un reculement formidable, par-dessus des plaines et des villages, on entrevoyait une sombre verdure de forêts.
Le soleil commençait à brûler les visages ; la poussière emplissait les yeux continuellement, et, des deux côtés de la route, se développait une campagne interminablement nue, sale et puante. On eût dit qu'une lèpre l'avait ravagée, qui rongeait jusqu'aux maisons, car des squelettes de bâtiments défoncés et abandonnés, ou bien des petites cabanes inachevées faute de paiement aux entrepreneurs, tendaient leurs quatre murs sans toit.
De loin en loin, poussaient dans le sol stérile de longues cheminées de fabriques, seule végétation de ces champs putrides où la brise du printemps promenait un parfum de pétrole et de schiste mêlé à une autre odeur moins agréable encore.
Enfin, on avait traversé la Seine une seconde fois, et, sur le pont, ç'avait été un ravissement. La rivière éclatait de lumière ; une buée s'en élevait, pompée par le soleil, et l'on éprouvait une quiétude douce, un rafraîchissement bienfaisant à respirer enfin un air plus pur qui n'avait point balayé la fumée noire des usines ou les miasmes des dépotoirs.
Un homme qui passait avait nommé le pays : Bezons.


La voiture s'arrêta, et M. Dufour se mit à lire l'enseigne engageante d'une gargote : Restaurant Poulin, matelotes et fritures, cabinets de société, bosquets et balançoires. " Eh bien, madame Dufour, cela te va-t-il ? Te décideras-tu à la fin ? "
La femme lut à son tour : Restaurant Poulin, matelotes et fritures, cabinets de société, bosquets et balançoires. Puis elle regarda la maison longuement.
C'était une auberge de campagne, blanche, plantée au bord de la route. Elle montrait, par la porte ouverte, le zinc brillant du comptoir devant lequel se tenaient deux ouvriers endimanchés.
A la fin, Mme Dufour se décida : " Oui, c'est bien, dit-elle ; et puis il y a de la vue. " La voiture entra dans un vaste terrain planté de grands arbres qui s'étendait derrière l'auberge et qui n'était séparé de la Seine que par le chemin de halage.
Alors on descendit. Le mari sauta le premier, puis ouvrit les bras pour recevoir sa femme. Le marchepied, tenu par deux branches de fer, était très loin, de sorte que, pour l'atteindre, Mme Dufour dut laisser voir le bas d'une jambe dont la finesse primitive disparaissait à présent sous un envahissement de graisse tombant des cuisses.
M. Dufour, que la campagne émoustillait déjà, lui pinça vivement le mollet, puis, la prenant sous les bras, la déposa lourdement à terre, comme un énorme paquet.
Elle tapa avec la main sa robe de soie pour en faire tomber la poussière, puis regarda l'endroit où elle se trouvait.

C'était une femme de trente-six ans environ, forte en chair, épanouie et réjouissante à voir. Elle respirait avec peine, étranglée violemment par l'étreinte de son corset trop serré ; et la pression de cette machine rejetait jusque dans son double menton la masse fluctuante de sa poitrine surabondante.
La jeune fille ensuite, posant la main sur l'épaule de son père, sauta légèrement toute seule. Le garçon aux cheveux jaunes était descendu en mettant un pied sur la roue, et il aida M. Dufour à décharger la grand-mère.
Alors on détela le cheval, qui fut attaché à un arbre ; et la voiture tomba sur le nez, les deux brancards à terre. Les hommes, ayant retiré leurs redingotes, se lavèrent les mains dans un seau d'eau, puis rejoignirent leurs dames installées déjà sur les escarpolettes.


Mlle Dufour essayait de se balancer debout, toute seule, sans parvenir à se donner un élan suffisant. C'était une belle fille de dix-huit à vingt ans ; une de ces femmes dont la rencontre dans la rue vous fouette d'un désir subit, et vous laisse jusqu'à la nuit une inquiétude vague et un soulèvement des sens. Grande, mince de taille et large des hanches, elle avait la peau très brune, les yeux très grands, les cheveux très noirs. Sa robe dessinait nettement les plénitudes fermes de sa chair qu'accentuaient encore les efforts des reins qu'elle faisait pour s'enlever.
Ses bras tendus tenaient les cordes au-dessus de sa tête, de sorte que sa poitrine se dressait, sans une secousse, à chaque impulsion qu'elle donnait. Son chapeau, emporté par un coup de vent, était tombé derrière elle ; et l'escarpolette peu à peu se lançait, montrant à chaque retour ses jambes fines jusqu'au genou, et jetant à la figure des deux hommes qui la regardaient en riant, l'air de ses jupes, plus capiteux que les vapeurs du vin.
Assise sur l'autre balançoire, Mme Dufour gémissait d'une façon monotone et continue : " Cyprien, viens me pousser ; viens donc me pousser, Cyprien ! " A la fin, il y alla et, ayant retroussé les manches de sa chemise, comme avant d'entreprendre un travail, il mit sa femme en mouvement avec une peine infinie.
Cramponnée aux cordes, elle tenait ses jambes droites, pour ne point rencontrer le sol, et elle jouissait d'être étourdie par le va-et-vient de la machine. Ses formes, secouées, tremblotaient continuellement comme de la gelée sur un plat. Mais, comme les élans grandissaient, elle fut prise de vertige et de peur. A chaque descente, elle poussait un cri perçant qui faisait accourir tous les gamins du pays ; et, là-bas, devant elle, au-dessus de la haie du jardin, elle apercevait vaguement une garniture de têtes polissonnes que des rires faisaient grimacer diversement.


Une servante étant venue, on commanda le déjeuner.
" Une friture de Seine, un lapin sauté, une salade et du dessert ", articula Mme Dufour, d'un air important. " Vous apporterez deux litres et une bouteille de bordeaux ", dit son mari. " Nous dînerons sur l'herbe ", ajouta la jeune fille.
La grand-mère, prise de tendresse à la vue du chat de la maison, le poursuivait depuis dix minutes en lui prodiguant inutilement les plus douces appellations. L'animal, intérieurement flatté sans doute de cette attention, se tenait toujours tout près de la main de la bonne femme, sans se laisser atteindre cependant, et faisait tranquillement le tour des arbres, contre lesquels il se frottait, la queue dressée, avec un petit ronron de plaisir.
" Tiens ! cria tout à coup le jeune homme aux cheveux jaunes qui furetait dans le terrain, en voilà des bateaux qui sont chouette ! " On alla voir. Sous un petit hangar en bois étaient suspendues deux superbes yoles de canotiers, fines et travaillées comme des meubles de luxe. Elles reposaient côte à côte, pareilles à deux grandes filles minces, en leur longueur étroite et reluisante, et donnaient envie de filer sur l'eau par les belles soirées douces ou les claires matinées d'été, de raser les berges fleuries où des arbres entiers trempent leurs branches dans l'eau, où tremblote l'éternel frisson des roseaux et d'où s'envolent, comme des éclairs bleus, de rapides martins-pêcheurs.
Toute la famille, avec respect, les contemplait. " Oh ! ça oui, c'est chouette ", répéta gravement M. Dufour. Et il les détaillait en connaisseur. Il avait canoté, lui aussi, dans son jeune temps, disait-il ; voire même qu'avec ça dans la main -- et il faisait le geste de tirer sur les avirons-- il se fichait de tout le monde. Il avait rossé en course plus d'un Anglais, jadis, à Joinville ; et il plaisanta sur le mot " dames ", dont on désigne les deux montants qui retiennent les avirons, disant que les canotiers, et pour cause, ne sortaient jamais sans leurs dames. Il s'échauffait en pérorant et proposait obstinément de parier qu'avec un bateau comme ça, il ferait six lieues à l'heure sans se presser.



" C'est prêt ", dit la servante qui apparut à l'entrée. On se précipita ; mais voilà qu'à la meilleure place, qu'en son esprit Mme Dufour avait choisie pour s'installer, deux jeunes gens déjeunaient déjà. C'étaient les propriétaires des yoles, sans doute, car ils portaient le costume des canotiers.
Ils étaient étendus sur des chaises, presque couchés. Ils avaient la face noircie par le soleil et la poitrine couverte seulement d'un mince maillot de coton blanc qui laissait passer leurs bras nus, robustes comme ceux des forgerons. C'étaient deux solides gaillards, posant beaucoup pour la vigueur, mais qui montraient en tous leurs mouvements cette grâce élastique des membres qu'on acquiert par l'exercice, si différente de la déformation qu'imprime à l'ouvrier l'effort pénible, toujours le même.
Ils échangèrent rapidement un sourire en voyant la mère, puis un regard en apercevant la fille. "Donnons notre place, dit l'un, ça nous fera faire connaissance. " L'autre aussitôt se leva et, tenant à la main sa toque mi-partie rouge et mi-partie noire, il offrit chevaleresquement de céder aux dames le seul endroit du jardin où ne tombât point le soleil. On accepta en se confondant en excuses ; et pour que ce fût plus champêtre, la famille s'installa sur l'herbe sans table ni sièges.
Les deux jeunes gens portèrent leur couvert quelques pas plus loin et se remirent à manger. Leurs bras nus, qu'ils montraient sans cesse, gênaient un peu la jeune fille. Elle affectait même de tourner la tête et de ne point les remarquer, tandis que Mme Dufour, plus hardie, sollicitée par une curiosité féminine qui était peut-être du désir, les regardait à tout moment, les comparant sans doute avec regret aux laideurs secrètes de son mari.



Elle s'était éboulée sur l'herbe, les jambes pliées à la façon des tailleurs, et elle se trémoussait continuellement, sous prétexte que des fourmis lui étaient entrées quelque part. M. Dufour, rendu maussade par la présence et l'amabilité des étrangers, cherchait une position commode qu'il ne trouva pas du reste, et le jeune homme aux cheveux jaunes mangeait silencieusement comme un ogre.
" Un bien beau temps, monsieur ", dit la grosse dame à l'un des canotiers. Elle voulait être aimable à cause de la place qu'ils avaient cédée. " Oui, madame, répondit-il ; venez- vous souvent à la campagne ?
-- Oh ! une fois ou deux par an seulement, pour prendre l'air ; et vous, monsieur ?
-- J'y viens coucher tous les soirs.
-- Ah ! ça doit être bien agréable ?
-- Oui, certainement, madame. "
Et il raconta sa vie de chaque jour, poétiquement, de façon à faire vibrer dans le cœur de ces bourgeois privés d'herbe et affamés de promenades aux champs cet amour bête de la nature qui les hante toute l'année derrière le comptoir de leur boutique.
La jeune fille, émue, leva les yeux et regarda le canotier. M. Dufour parla pour la première fois. " Ça, c'est une vie ", dit-il. Il ajouta : " Encore un peu de lapin, ma bonne. -- Non, merci, mon ami. "
Elle se tourna de nouveau vers les jeunes gens, et montrant leurs bras : " Vous n'avez jamais froid comme ça ? " dit-elle.
Ils se mirent à rire tous les deux, et ils épouvantèrent la famille par le récit de leurs fatigues prodigieuses, de leurs bains pris en sueur, de leurs courses dans le brouillard des nuits ; et ils tapèrent violemment sur leur poitrine pour montrer quel son ça rendait. " Oh ! vous avez l'air solides ", dit le mari qui ne parlait plus du temps où il rossait les Anglais.
La jeune fille les examinait de côté maintenant ; et le garçon aux cheveux jaunes, ayant bu de travers, toussa éperdument, arrosant la robe en soie cerise de la patronne qui se fâcha et fit apporter de l'eau pour laver les taches.
Cependant, la température devenait terrible. Le fleuve étincelant semblait un foyer de chaleur, et les fumées du vin troublaient les têtes.
M. Dufour, que secouait un hoquet violent, avait déboutonné son gilet et le haut de son pantalon : tandis que sa femme, prise de suffocations, dégrafait sa robe peu à peu. L'apprenti balançait d'un air gai sa tignasse de lin et se versait à boire coup sur coup. La grand-mère, se sentant grise, se tenait fort raide et fort digne. Quant à la jeune fille, elle ne laissait rien paraître, son oeil seul s'allumait vaguement, et sa peau très brune se colorait aux joues d'une teinte plus rose.
Le café les acheva. On parla de chanter et chacun dit son couplet, que les autres applaudirent avec frénésie. Puis on se leva difficilement, et, pendant que les deux femmes, étourdies, respiraient, les deux hommes, tout à fait pochards, faisaient de la gymnastique. Lourds, flasques, et la figure écarlate, ils se pendaient gauchement aux anneaux sans parvenir à s'élever ; et leurs chemises menaçaient continuellement d'évacuer leurs pantalons pour battre au vent comme des étendards.
(continua)




P.S. L'episodio dell'altalena lo si può vedere qui. C'è anche Jean Renoir nella parte di Père Poulain e ci sono tre seminaristi: Georges Bataille, Jacques Becker, Henri Cartier-Bresson. Eccoli nell'immagine di chiusura.

lunedì 27 agosto 2007

La pittura nel cinema: Partie de campagne

Auguste Renoir: Jean con Gabrielle Renard (1897)
Solimano
Il film "Partie de campagne" di Jean Renoir fu realizzato nel 1936, ma uscì nelle sale solo nel 1946, per difficoltà economiche ed organizzative. Nessuno degli attori principali è diventato famoso, ma al film parteciparono a vario titolo Luchino Visconti, Joseph Kosma, Jacques Prevert, Yves Allégret, George Bataille, Jacques Becker, Henri Cartier-Bresson. Come si vede, una squadra notevole. Ma non finisce qui, della squadra facevano parte due artisti che non c'erano più, gli ispiratori del film: lo scrittore Guy de Maupassant, autore della novella da cui è tratto il film con molta fedeltà, ed il pittore Pierre-Auguste Renoir, il padre di Jean.
Mi soffermo su un episodio raccontato nelle prime pagine della novella: l'altalena, escarpolette (oppure balançoire) in francese. Così Guy de Maupassant in "Une partie de campagne" (1881):

"Les hommes, ayant retiré leurs redingotes, se lavèrent les mains dans un seau d'eau, puis rejoignirent leurs dames installées déjà sur les escarpolettes.
Mlle Dufour essayait de se balancer debout, toute seule, sans parvenir à se donner un élan suffisant. C'était une belle fille de dix-huit à vingt ans; une de ces femmes dont la rencontre dans la rue vous fouette d'un désir subit, et vous laisse jusqu'à la nuit une inquiétude vague et un soulèvement des sens. Grande, mince de taille et large des hanches, elle avait la peau très brune, les yeux très grands, les cheveux très noirs. Sa robe dessinait nettement les plénitudes fermes de sa chair qu'accentuaient encore les efforts des reins qu'elle faisait pour s'enlever. Ses bras tendus tenaient les cordes au-dessus de sa tête, de sorte que sa poitrine se dressait, sans une secousse, à chaque impulsion qu'elle donnait. Son chapeau, emporté par un coup de vent, était tombé derrière elle; et l'escarpolette peu à peu se lançait, montrant à chaque retour ses jambes fines jusqu'au genou, et jetant à la figure des deux hommes, qui la regardaient en riant, l'air de ses jupes, plus capiteux que les vapeurs du vin.
Assise sur l'autre balançoire, Mme Dufour gémissait d'une façon monotone et continue : "Cyprien, viens me pousser; viens donc me pousser, Cyprien!" A la fin, il y alla et, ayant retroussé les manches de sa chemise, comme avant d'entreprendre un travail, il mit sa femme en mouvement avec une peine infinie
".
Pierre-Auguste Renoir in un suo quadro, oggi al Musée d'Orsay, rappresentò proprio una giovane donna sull'altalena, che lui chiama balançoire. Nella novella di Maupassant le altalene sono due, su una va la madre, sull'altra la figlia, e così è anche nel film.
La presenza di Renoir padre non c'è solo in questo episodio, ma in tutta l'aria che si respira nel film, aria di natura lieta e libera, almeno per quel giorno. Il fatto che il film sia in bianco e nero è solo un dettaglio, i posti dove fu girato sono molto vicini ai luoghi prediletti dagli impressionisti, si tratta di Montigny-sur-Loing e di Marlotte nel dipartimento Seine-et-Marne.

Ma c'è una altalena più famosa di quella di Renoir, che non ho ancora visto al cinema, è quella di Jean-Honoré Fragonard, dipinta nel 1767 e conservata alla Wallace Collection di Londra, il cui titolo è "Les hasards hereux de l'escarpolette", e la malizia si capisce osservando bene il quadro. Uno spirito del genere non è stato possibile trovarlo, almeno finora, anche nei grandi registi che hanno fatto film sul Settecento, come Fellini e Kubrick. Più in sintonia con Fragonard sarebbe il Tony Richardson di Tom Jones, ma è inglese, per lui va meglio Hogarth. Forse è un quadro a cui poteva ispirarsi il Rohmer giovane, quello di Pauline à la plage e di Le genou de Claire. Gli altri grandi della nouvelle vague no, sono troppo seri per Fragonard, che per essere capito richiede una profonda leggerezza. La pantofola della giovane dama è lì, sospesa nell'aria, ormai da quasi 250 anni.

Fragonard: L'escarpolette Londra, Wallace Collection (1767)

sabato 9 giugno 2007

Il fiume

The River di Jean Renoir (1951) Racconto di Rumer Godden, Sceneggiatura di Rumer Godden, Jean Renoir Con Nora Swinburne, Esmond Knight, Arthur Shields, Suprova Mukerjee, Thomas E. Breen, Patricia Walters, Adrienne Corri Musica: M.A. Partha Sarathy Fotografia: Claude Renoir (99 minuti) Rating IMDb: 7.6
Giuliano
Un film dolce e delicato, con al centro la morte di un bambino: cosa immaginare di più atroce? Non è una morte cruenta, è che siamo in India, la Natura è molto presente, e la Natura fa di queste sorprese. Eppure è una morte straziante, alla quale bisogna abituarsi. Accade dentro ad un film che fin lì pareva parlare di tutt’altro, una storia di giovani donne che crescono e vivono i loro tormenti d’amore e di vita, sia pure in un ambiente esotico e lontano: nel 1950 l’India era molto più lontana di adesso.
Fa parte della vita, bisogna farsene una ragione. La vita continua, scorre come il grande fiume – il Gange - che passa vicino alla casa delle protagoniste: è il film che Jean Renoir gira dopo aver abbandonato gli USA e Hollywood, dove ha girato alcuni film fra i suoi migliori, ma che non è proprio il suo posto.
Renoir sembra iniziare una nuova carriera, la terza parte dopo “La regola del gioco” e “La grande illusione”, e dopo l’avventura americana: e lo fa con un film che è poco definire magico. E’ un altro film di quelli che si ha paura a toccare, perché va a toccare i temi più importanti della nostra vita. Meglio fermarsi un attimo prima, e citare i grandi pittori che qui come in pochi altri film (potenza del colore, usato meravigliosamente da Renoir per la prima volta) vengono evocati: il padre di Renoir, certamente, ma anche Monet, Courbet, Manet, Matisse...

sabato 5 maggio 2007

Boudu salvato dalle acque

Boudu savé des eaux di Jean Renoir (1932) Commedia di René Fauchois, Sceneggiatura di Jean Renoir, Albert Valentin Con Michel Simon, Marcelle Hainia, Sévérine Lerczinska, Jean Gehret, Max Dalban, Jean Dasté, Charles Granval Musica: Raphael Fotografia: Marcel Lucien, Léonce-Henri Burel (81 minuti) Rating IMDb: 7.7
Giuliano
Questa non è una recensione, né da critico né da spettatore: è una dichiarazione d’amore. Per un uomo, una volta tanto, e spero che le signore che leggono non se ne abbiano a male, perché l’oggetto della mia ammirazione è Michel Simon. Non quindi un amore fisico, ma un’enorme ammirazione e tanto affetto per un attore meraviglioso, uno di quei miracoli rari dove la naturalezza e la tecnica recitativa si fondono in maniera perfetta.
“Boudu” è del 1932; due anni dopo Michel Simon sarà il leggendario deus ex machina nell’Atalante di Jean Vigo, l’anziano marinaio brontolone che riporta al suo datore di lavoro la sposa fuggita; e poi interpreterà molti film più o meno famosi e più o meno riusciti, tra i quali bisogna senz’altro ricordare “La bellezza del diavolo” di René Clair, del 1950, in cui si scambia i ruoli di Mefistofele e Faust con Gérard Philipe (un altro attore meraviglioso ma – mi si perdoni – un po’ troppo limitato dal fisico...).
La storia è semplice, e ricalca un po’ il “Tartufo” di Molière: siamo a Parigi, e un signore borghese salva un uomo che stava annegando nella Senna. Gli piace sentirsi ammirato, la sua vanità è compiaciuta nel vedersi citato sui giornali, e per questo decide di ospitare in casa sua l’uomo che ha salvato. L’uomo si chiama Boudu, ed è un senza tetto, un barbone, un clochard grande e grosso e ingombrante che decide subito di approfittare dell’occasione. “Boudu si installa in casa come un gatto”, dice GF Venegoni nel suo libro su Renoir: non un gatto castrato come siamo abituati a vedere oggi, ma un vero e proprio felino da strada, senza inibizioni e senza remore morali. Si accomoda come meglio crede, e dove meglio crede; si lava o non si lava, seduce prima la cameriera e poi la padrona di casa (l’amante e la moglie del suo salvatore). Invano il suo salvatore cercherà di sloggiarlo, Boudu ricorrerà a tutti i suoi mezzi per non perdere il comfort miracolosamente guadagnato. Come dice sempre Venegoni, “Boudu personifica la porzione anarchica di Renoir, che in questo film raggiunge appunto la sua punta estrema”. L’interpretazione di Michel Simon è epica, di quelle da incorniciare, che vista una volta non si dimentica più.
Di questo film esiste un remake italiano del 1955, “Il coraggio”, regia di Domenico Paolella, con Totò e Gino Cervi: è divertente ma forse era meglio scambiare i ruoli, Totò sarebbe stato un perfetto padrone di casa, altezzoso e vanitoso, e Cervi un barbone meraviglioso, anche per via della stazza ormai ragguardevole. Ma chissà se Gino Cervi avrebbe accettato di tenersi una barbaccia incolta e di recitare la parte del barbone...

venerdì 27 aprile 2007

La regola del gioco

La Règle du jeu di Jean Renoir (1939) Sceneggiatura di Jean Renoir, Carl Koch Con Nora Gregor, Paulette Dubost, Mina Parély, Odette Talazac, Claire Gérard, Anne Mayen, Jean Renoir, Marcel Dalio Musica: W. A. Mozart (Dodici danze tedesche K605 n.1) Fotografia: Jean-Paul Alphen, Jean Bachelet, Jacques Lemare, Alan Renoir (110 minuti) Rating IMDb: 8.0
Giuliano
- Cornelio, facciamola finita con questa commedia!
- Quale delle tante, signore?
Questa battuta, detta al Marchese de la Chesnay dal suo maggiordomo durante una delle sequenze più divertenti e movimentate della storia del cinema, me la porto dietro da sempre, o almeno da quando ho visto per la prima volta da “La regola del gioco” di Jean Renoir.
E’ un film che inizia con un aviatore che compie un’epica trasvolata, e vorrebbe dedicarla alla donna che ama: all’aeroporto ci sono tutti, c’è il suo amico Octave e c’è anche la radio in diretta (la tv non esisteva ancora), ma lei non c’è. Il valoroso aviatore sfoga tutto il suo disappunto e la sua amarezza, inutilmente consolato dall’amico. Ma la donna amata dall’aviatore è sposata: è la moglie del Marchese. Non è per questo che non è venuta all’aeroporto, figuriamoci: è che l’aviatore l’ha presa un po’ troppo a cuore, questa storia. Più tardi, infatti, tutti quanti si troveranno insieme nella grande tenuta del Marchese, invitati a una battuta di caccia e alla festa che seguirà, con una moltitudine di invitati.
Quale è “la regola del gioco”? Renoir non ce lo dice apertamente, ma alla fine si arriva a capirlo: la regola del gioco è di non prendere niente troppo sul serio: nemmeno l’amore, figuriamoci. Vi si attengono tutti i personaggi, anche quelli più buffi e più piccoli: l’unico che non vi si attiene è proprio Jurieu, l’aviatore, che farà una brutta fine. Ma la vita andrà avanti lo stesso, il Marchese si adopererà affinché tutto sembri un increscioso incidente e nessuno ne debba subire le conseguenze; e così è stato, in fin dei conti è proprio questa la verità.
Non è un film facile da vedere, anche se è molto divertente. E’ un film che va visto diverse volte per poterne cogliere tutti i particolari, ed ogni volta lo si rivede con piacere crescente. Non è facile prima di tutto per la grande quantità di personaggi, dal Marchese all’aviatore al guardacaccia al bracconiere; hanno tutti la stessa importanza, e partecipano alla commedia in una “folle journée” chiaramente ispirata a Mozart, al Don Giovanni e alle Nozze di Figaro. Non è facile per la crudezza della lunga sequenza della caccia: siamo nel 1939, e Renoir sta facendo terribilmente sul serio quando ci mostra l’agonia di lepri e fagiani. E’ una durezza inattesa, un colpo allo stomaco nel mezzo di un film che fino allora era una commedia sentimentale; ma Renoir, a differenza di tanti altri, non è estraneo al momento storico in cui vive, ed evidentemente era bene informato di cosa succedeva nel mondo. E’ di questo che ci sta parlando. Altri due personaggi vacillano, sulla regola non detta: la Marchesa stessa, e Octave, al quale ad un certo punto sembra schiudersi un attimo di felicità, uno spiraglio che subito si richiude. Octave è Jean Renoir stesso, con la sua buffa faccia da omino di neve: un personaggio meraviglioso, sempre ai margini ma sempre presente, protagonista ma con discrezione. E poi c’è la sequenza della festa, che io incornicerei e mi porterei sempre dietro: ma come si fa ad incorniciare una sequenza di un film? C’è Octave vestito da orso, come se fosse un film dei fratelli Marx, e c’è la Danse macabre di Saint Saens, danzata da buffi scheletri ed eseguita da un pianoforte che suona da solo, come se davvero fosse un suono che viene dall’aldilà; ed invece è solo un pianoforte a rulli, che la pianista guarda con sospetto e anche con ammirazione.